Etats de faits 3, Frank Smith

par Olivier Steiner | 11 mars 2011

On part de la grande ville de l’est, devenue capitale de la révolution et foyer de la mobilisation du peuple en armes /


On est chaque jour plus nombreux à se porter volontaire pour rejoindre le front de l’ouest /


On poursuit l’avancée sur la route qui longe la mer /


On débarrasse les villes côtières, sans grande résistance, de leurs derniers miliciens /


On abat un hélicoptère d’un tir de roquette et on retrouve le pilote dont les papiers d’identité prouveraient qu’il serait étranger /


On remotive les troupes, on dit : « Nous allons vaincre ce chien ! » /


On grimpe sur des pick-up avec kalachnikovs, lance-roquettes RPG ou sabres rouillés /


On est réveillé avant l’aube par le bruit de l’artillerie et de tirs dans la rue /


On entend les partisans du leader tirer en l’air des rafales triomphantes de mitraillette /


On les voit agiter des drapeaux verts lumineux /


On discerne mal les amis des ennemis dans une telle confusion policière /


On en voit à la manifestation en faveur du leader tel jour, à la mobilisation anti-gouvernementale le lendemain /


On crie que le leader est unique, un vrai faucon, qu’il ne doit pas, qu’il ne peut y avoir d’alternative /


On crie que le leader est fou, un vrai charognard, qu’il doit partir, qu’il ne peut y avoir d’autre solution /


On teste la viabilité d’une opposition qui n’a pas encore pu s’unir / On bricole un semblant de gouvernement de transition / On sollicite l’aide de l’étranger pour renverser le leader /


On renforce la contre-offensive / On avertit qu’une crise humanitaire menace /


On se trouve dans un vide / On dit, en levant un téléphone portable : « C’est tout ce qui reste. Nous ne pouvons plus que recevoir des appels ! » /


On effectue deux ou trois passages avant de lâcher une bombe /


On bombarde la ville mais aussi des positions plus à l’arrière / On met à l’épreuve le courage évident des jeunes combattants /


On sème la panique parmi la centaine de néo-guerriers qui tiennent la ligne de front /


Est-on réticent à obéir aux ordres ou fait-on seulement monter la pression ? /


On se masse autour d’antiques canons anti-aériens disposés sans grande logique autour de la ville /


On se cache derrière des murets, un abribus ou juste en s’aplatissant sur le sol /


On essuie le choc d’une roquette tirée au bord de la route /


On monte un vieux canon russe sur une camionnette / On manie des lance-roquettes et des lance-grenades pour compléter la défense aérienne /


On remporte une première bataille avec un assortiment d’armes vieilles mais encore efficaces /



On n’est pas formé ni organisé / On n’a pas reçu d’apprentissage en Russie ou on ne sait où / On ne constitue pas une armée / On est le peuple


On ne saurait comment utiliser des armes même si on en disposait / On est le peuple


On se retire à l’Est le long de la route côtière dans des dizaines de camions équipés d’armes lourdes / On est le peuple


On essaye d’établir un nouveau front défensif / On est le peuple


On dit apprécier la reconnaissance du jeune gouvernement / On est le peuple


On chante, depuis le minaret d’une mosquée : Quand vous du côté de Dieu, Dieu vous soutient / On est le peuple


On applaudit le leader / On tire des pièces pyrotechniques /

On distribue des sacs de riz, des cartons d’huile d’olive, des boîtes de conserve /


On se prononce en faveur d’une zone d’interdiction de vol / On souligne les difficultés d’imposer une telle décision / On semble adoucir ses marques de résistance /


On met en garde contre toute précipitation à imposer un espace d’exclusion aérien sans soutien international large /


On travaille avec l’opposition /


On travaille avec le peuple /




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