Christophe Pellet

par Olivier Steiner | 28 mars 2012

Cher Olivier

J’ai terminé Bohème hier, ce fut un voyage de trois jours (depuis dimanche soir) que j’ai laissé durer volontairement, parce que j’étais bien avec ton livre et tes mots, bien avec moi-même en le lisant, c’est comme ça, on fait durer, on vit avec le livre qui nous aide, un peu, à vivre. C’est une éducation sentimentale que tu nous offres. Avec, et c’est pour moi une constatations très triste, inscrite en filigrane, entre tes mots, cette lutte des classes dont plus personne ne parle, mais qui est là, malgré tout. Je dis que c’est triste, non pas la lutte en elle même, mais la façon dont elle s’est atténuée, dont elle à quitté « le champs du social » comme on dit, pour se diluer dans l’intimité des êtres, jusqu’à n’être plus qu’un empêchement indéfini, non dit, jusque dans la passion amoureuse. La fin de ton récit m’a bouleversé en ce sens : Jérôme et Pierre ne se rejoindront pas, parce que l’un et l’autre viennent d’un lieu différent (même si ils se sont rejoint dans le présent, un présent fait d’amis communs, de beauté, de représentations d’opéra, même s’il se sont rejoint dans le présent, le passé se rappelle à l’un d’entre eux, et avec lui les impressions morbides, le manque, la perte, qui finira par gagner l’autre). Ton récit m’a ramené à cette adolescence exaltée que j’ai pu avoir, d’autant plus forte que grandie dans une ville et des quartiers affreux, exaltation comme née d’un manque, d’un trop plein de laideur et de violence. Alors on se jette dans la beauté, et j’imagine que Jérome ne fait pas autre chose avec Pierre : il se jette dans la beauté, dans l’art, et peut être aussi dans l’amour, en tout cas l’image de l’amour. Et forcément, il tombe dans le vide.
Voilà quelques impressions de lecture, ce sont les miennes, j’imagine que tu en auras bien d’autres; Je trouve aussi extraordinaire la façon dont vivent les coups de téléphones, qui ne sont pas retranscrits, mais qui sont là, très présents, dans les blancs entre les mots. cela participe aussi à l’architecture de ton récit et c’est très fort.
Je t’embrasse.
Christophe

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