Michael Galasso, un enfant grand

par Olivier Steiner | 16 novembre 2011

Elle n’a pas plus de début que de fin, elle est de toutes les époques, illimitée, insaisissable, c’est ce qui me frappe à la première écoute. Je vois le ricochet d’un galet à la surface d’un étang très lisse. J’observe les plis sur l’eau, comment ils se propagent, en cercles concentriques de moins en moins nets, de plus en plus silencieux, à l’infini. Etait-ce cela que Michael traduisait ? Qui peut vraiment dire ce qui est de l’ordre du mystère et du miracle ? La seule façon de rendre à Michael ce qui lui revient c’est de se taire et de l’écouter, lui à l’intérieur du violon. Lui tournant sur sur lui-même, les yeux fermés, il paraît que ses sourcils se soulevaient et redescendaient, comme des phrases, une respiration, la marée.

Comme a pu le dire John Cage : « Ecrire sur la musique c’est comme danser sur l’architecture », ça ne veut rien dire, ça ne prête pas à conséquence. J’ai connu Michael, trop peu mais nous avons eu le temps de nous regarder droit dans les yeux. Quelque chose m’avait frappé. J’ai cru voir de la bonté. Après réflexion je me suis dit que ce n’était pas ça. J’ai cru voir de l’humilité. Après réflexion je me suis dit que ce n’était pas ça. J’ai cru voir de la modestie. Après réflexion je me suis dit que ce n’était pas ça. Qu’est-ce que c’était, alors ? L’enfant. Je crois que Michael n’avait jamais quitté l’enfant. Je parle d’une qualité d’enfance qui n’a rien de puéril. Qui est faite de fierté et de présence, d’une certaine hauteur aussi. Les enfants sont supérieurs. Ils le savent. C’est pour ça qu’ils jouent autant. Michael jouait. Comme un grand enfant, un enfant grand. Les enfants ne sont pas tout à fait de ce monde.

A la fin de sa vie Michael confiait à se belle-fille Margherita qu’il lui arrivait d’entendre le son de la boue Primordiale. Primordial mud, avait-il dit. Certaines images produisent un jaillissement de vérité. La musique de Michael Galasso a été faite pour supporter le vide de l’univers, le balancement des lunes, l’ondulation des astres, la fixité des étoiles, l’errance des planètes, leur rotation imperturbable dans l’espace.

Une réaction à “Michael Galasso, un enfant grand”

  1. Gislain a dit :

    Je dois te dire merci pour ça…
    Grâce à toi j’ai pu le découvrir.
    Et ta voix… sur ce texte…
    Je ne m’en remets pas.

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