Nous sommes des hybrides

29 juin 2011

Résolution

28 juin 2011

Je regarde autour. On veut éviter ce qui est flottant, incertain, hésitant, atermoyant, dans l’expectative, indéterminé, dubitatif. Cependant, quand il faut discuter les moyens de soutenir ses droits, on reste toujours le nonchalant, le tardif, l’irrésolu, inconstant dans toutes ses voies, toujours plus porté à différer qu’à entreprendre.

Je regarde autour et je veux précisément recréer le sentiment de la présence. La puissance du paysage ne peut qu’être celle que j’y perçois. Tout l’opposé de la neutralité. Mais je dois toujours savoir quelque chose, par exemple d’ordre géologique, pour me repérer et reconnaître l’origine d’une cicatrice, d’un sillon creusé par une intervention en particulier.

Je descends de l’aéronef. C’est aussi comme cela que se déclinent un sens et une direction.

Frank Smith

Laisse-moi m’envahir

21 juin 2011

My doctor Folamour

21 juin 2011

Seul le feu, Christophe Pellet

21 juin 2011

« Je suis fatigué Mireille, ces promenades de juin m’épuisent. Les marches de juin sont les plus pénibles : elles ne durent jamais très longtemps. Les marches de novembre ou de février prennent leur temps, quand celles de juin sont toujours interrompues par la fatigue et par une trop grande excitation dans l’air. J’aimerais me dissoudre dans l’ombre et dans le vent. L’ombre et le vent sont si rares en juin : ils s’amenuisent et ne soutiennent plus ma marche. L’ombre et le vent : en eux mon chagrin disparaît comme dans les bras d’un être aimé. Sortir de mon corps, n’être plus qu’un souffle. »

Christophe Pellet


Seul le feu est publié aux éditions de l’Arche.

Lou la boue

19 juin 2011

Lou from FLY16x9 on Vimeo.

You are my wind

19 juin 2011

One Hundred and Eight – Interactive Installation from Nils Völker on Vimeo.

C’est l’homme

16 juin 2011

C’EST L’HOMME from Tight Movie on Vimeo.

A la fin de la journée, ça se fait beau, ça se fait belle, ça va sortir dans la rue, besoin d’aller voir du côté de l’humanité, peut-être. Dehors c’est toujours la même rengaine, il y a ceux qui aiment, ceux qui marchent sans savoir où ils vont, ceux qui demandent du feu, ceux qui se moquent, qui matent, ceux qui sont toujours prêts à poignarder, comme ça, quiconque, poignarder pour poignarder. Passer le temps. C’est le soir et ça avance, dans Paris, Belleville, ça tangue du cul. C’est innocent et c’est pervers, dirait-on. Et puis, comme dans toutes les histoires, l’obstacle arrive, les méchants tapis dans un coin, ils font irruption, depuis La Nuit du Chasseur c’est la même chose, la même race de méchants, les petits enfants de Ponce Pilate et les arrières petits de Cro-Magnon. Ces méchants-là sont adorables, comme vous et moi. Alors c’est là que ça commence vraiment, le film, je veux dire l’humanité, à travers le calvaire. Qu’est-ce que c’est ? C’est l’homme. Ecce Noël Herpe.

Céline par Emmanuel Tugny

10 juin 2011

Il n’y a pas trente-six Louis-Ferdinand Céline. Des périodes, des époques, des phases, les unes rédimant les autres, les autres entachant les unes. Que cela soit heureux ou pas importe peu, il n’en est qu’un. Or, quel est-il ?

Il est l’écrivain autodidacte qui, faute d’entendre les mécanismes de la poétique « littéraèère », de la fabrique apprise au sérail des Lettres, invente une littérature qui lui soit propre, une littérature qui ne soit pas la langue dans la poche d’une voix arasée par l’initiation académique et les agrégations mais bien la sienne propre, rencontrant sa forme, trouvant la matière propre à son objet.

Le style célinien n’est pas davantage de l’« oral écrit », par exemple, que le cinéma de Pialat n’est du « réel filmé » : il est la forme d’une voix singulière, forme et voix s’y entraînent l’un l’autre sans solution de continuité entre eux, sans oral qui ne soit écrit, sans écrit qui ne soit oral, sans hybridité dans le tourbillon qu’engendre le credo aigre.

Pas d’oral, pas d’écrit, une voix, une parole faite de congruence, d’appropriation d’une forme au murmure continu de l’être.

Céline fait un livre que les autres n’ont pas fait, comme Matisse peint après Chardin.

Céline, comme Matisse, produit non point à proprement parler l’œuvre qu’il sait produire, mais la maladroite, l’accidentelle, la volontairement symétrique de celle qu’il ne sait pas produire. Céline est Céline parce qu’il n’a pas su pas faire une œuvre qui ne fût pas de Céline.

Céline n’est pas un agrégé, pas un auteur, pas même un écrivain : il écrit.

Il écrit un livre qui dit un objet.

Or, cet objet, quel est-il ?

Céline écrit un livre qui dit que l’homme est chien. Celui qui ne sait, dans l’antichambre des salons agrégatifs, parler que chien, celui dont la présence, écrirait Balzac, est « une tache de boue sur une robe de mariée », écrit un livre en langue chienne.

Et ce livre dit de l’homme qu’il est chien (les images de Céline à Meudon disent d’ailleurs ironiquement la réciproque).

Et ce livre est le livre d’un médecin qui soigne parce que les chiens les moins mauvais sont encore ceux qu’on panse et qu’on berce.

L’homme est méchant, dit Céline après Hobbes. L’homme qui persévère dans son être est un chien pour l’homme.

Les taxinomistes anciens, ceux des races, des castes, des classes, des cultes, n’ont rien compris.

Du haut en bas, sol et plafond, tous les étages : une humanité chienne, mauvaise, regrattière, une humanité qu’a évacuée une grâce qui « court encore »…

Au monde, dit Céline le presque gnostique, règne un démiurge, un dieu mauvais qui a ancré la méchanceté au cœur de l’homme.

Le monde est une solitude où se croisent les malfaisances.

« Une immense entreprise à se foutre du monde ».

L’âme aboierait si elle n’était pas muette.

Ceci est, nous dit Céline, la vérité. Ceci, nous dit Céline, est la vérité qu’un livre de vérité, qu’un livre qui ne soit pas produit par la facticité du littéraire, qu’un livre qui soit une voix de l’être, pas une voix de l’ars, pas un mensonge retors des mauvais, doit dire.

Un livre doit dire la vérité.

Le livre de celui qui ne vit pas dans les mirages, les stucs des Lettres, a cela au cœur : dire la vérité.

La sentence axiologique cruelle prononcée par le chien : l’homme est chien.

Un livre -voici la trouvaille- doit dire la vérité, je ne puis écrire un autre livre que celui qui dit la vérité, qui l’affronte, et c’est parce que je ne puis en écrire un autre que celui que j’écris est le mien et qu’il m’est aussi cher que me semblent dispensables et haïssables les livres qui mentent.

Ceux qui sont pure forme, ceux qui sont pour de rire, ceux qui sont de l’ordre de la littérature et, surtout, ceux qui sont vérité d’apparence, ceux qui prétendent dire ce qui est et qui mentent.

Parmi eux, haïssables entre tous, ceux qui mentent parce qu’ils professent le credo contraire à celui de Céline.

Ceux qui disent : l’homme est aussi bonté, il est un dieu qui le rémère, la fraternité vraie est possible, l’amour est au coeur de l’être, le goût de l’autre tenaille la matière humaine, il y a des églises, des classes, des solidarités en l’homme, il y a en l’ordre humain du gentil.

Ces livres-là sont l’ennemi du livre chien.

Ceux qui les écrivent ou qui les écrivirent, ceux qui les commentent, les commentèrent et en tirèrent profession sont l’ennemi inverti : ils sont des chiens et des chiens menteurs, ils sont vils parmi les vils, les derniers des derniers, le pire supplice leur serait encore un supplice complaisant.

Face à Céline peintre de la chiennerie qui ne badine pas avec la vérité puisqu’il n’est pas « de la littérature », il y a les religions, métaphysiques ou laïques, du livre, il y a les « écrivains », les facteurs de livres peintres de la noblesse possible des hommes, du salut heureux d’une communauté prenant le pas sur sa démiurgique impropreté à l’amour sublime.

Ceux-là, Chrétiens, Juifs, Marxistes, ne sont pas haïssables en tant que tels mais en tant qu’écrivains, que professeurs ou que lecteurs du faux.

Et tous de la même farine invertie.

Leur « bonne nouvelle  » est l’impardonnable imposture.

Il n’y a pas trente-six Céline, il y a un seul Céline, mort il y a cinquante ans précisément, seul écrivain de son œuvre produite par l’incapacité d’en produire une autre, la vérité l’en empêchant, que l’académie lui avait laissée, ne l’ayant pas entraînée dans ses faux déserts de faux sable : une œuvre fondée sur le mépris, la colère, le ressentiment face à ce qu’elle désigne comme mensonge, c’est-à-dire, au champ de la littérature du vrai, de celle qui n’est point « des Lettres », comme crime.

Il n’y a qu’un seul Céline : c’est une voix faite livre, livre noir, à un titre ou l’autre, contre tous les livres.

EMMANUEL TUGNY


Emmanuel Tugny vient de publier Après la Terre, voyage littéraire et exotique sur les traces de La Pérouse (Editions Léo Scheer).

http://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Tugny

I am the wind

5 juin 2011

L’UN

Je ne voulais pas

Je l’ai fait

L’AUTRE

Tu l’as fait

L’UN

Oui

Bref silence

L’AUTRE

C’est arrivé

Mais tu avais pourtant

oui si peur que ça arrive

Bref silence

Tu me l’avais bien dit

silence assez bref

tu m’en avais parlé

L’UN

Oui

Silence

L’AUTRE

Et puis c’est arrivé

Silence assez bref

Ce qui te faisais si peur

silence assez bref

ce que tu avais si peur de faire

silence assez bref

oui c’est arrivé

Bref silence

L’UN

Oui

Silence

L’AUTRE

C’est affreux

L’UN

Je me sens bien

L’AUTRE

Vraiment

L’UN

Je suis parti

Je suis parti avec le vent

L’AUTRE

Tu es parti

L’UN

Je suis parti

Bref silence

Et je n’existe plus

s’interrompant

L’AUTRE

Tu n’existes plus

L’UN

Non je n’existe plus

Bref silence

L’AUTRE

Mais tu

L’UN

Quoi

L’AUTRE

Oui

oui

bref silence

oui mais la vie

silence assez bref

oui elle n’est pas si mal

tout de même

silence assez bref

il y a plein d’endroits

où on peut vivre

L’UN

Oui

peut-être

à moins qu’il n’y ait

aucun endroit

silence assez bref

pourtant il faut bien

silence assez bref

oui vivre quelque part

bref silence

Je ne supporte pas le bruit

silence assez bref

je ne supporte pas le bruit des autres

le bruit de tout ce qui se passe

silence assez bref

ça m’envahit

et m’enveloppe

Silence assez bref

L’AUTRE

Tu veux être seul

L’UN

Je ne peux pas être seul

L’AUTRE

Tu ne peux pas être seul

ni être là où sont les autres

L’UN

Je ne supporte pas tout ce bruit

L’AUTRE

Tu veux le silence

L’UN

Je veux le silence

silence assez bref

et je veux

que tout soit moins visible

L’AUTRE

Visible

L’UN

Tout est visible

tout se voit

tout ce qu’ils cachent derrière leurs paroles

tout ce qu’ils ignorent sans doute eux-mêmes

tout ça je le vois

L’AUTRE

Tu ne veux pas être avec les autres

L’UN

Non

L’AUTRE

Et tu ne veux pas être seul

Pourquoi tu ne veux pas être seul

L’UN

Quand je suis seul

je ne vois que moi

et je n’entends que moi

Et je n’aime pas me voir et m’entendre

silence assez bref

bien sûr que non

silence assez bref

je veux dire

s’interrompant

L’AUTRE

Mais ça devrait être mieux au contraire

L’UN

Non ce n’est pas mieux

silence assez bref

c’est pire

L’AUTRE

Tu ne t’aimes pas

L’UN

Non

L’AUTRE

Tu n’aimes pas les autres

et tu ne t’aimes pas

L’UN

Oui

oui c’est comme ça

Silence

JON FOSSE