Vivre d’amour et d’os frais, par Mathieu Lindon

31 janvier 2011

Tibor Déry : Niki L’histoire d’un chien
Traduit du hongrois par Imre Laszlo.

Cet étonnant petit roman d’amour (qui ne coûte que 7,50 €) devrait être dévoré par deux catégories de lecteurs : ceux qui aiment les chiens et ceux qui ne les aiment pas. L’héroïne en est ce chien encore sans nom qui surgit dès la première phrase et qui est en fait une chienne et s’appelle Niki. Niki est paru en Hongrie en 1955 (l’intrigue débute en 1948) et est sous-titré l’Histoire d’un chien. Les textes littéraires, quand ils mettent en scène des animaux, les utilisent généralement pour faire comprendre, par opposition, quelque chose de l’homme. Une des caractéristiques de Niki, livre léger et bouleversant, joyeux et ironique, drôle et épouvantable, consiste à plutôt réunir Niki et ses maîtres, à rassembler les sentiments de la chienne et de l’homme et de la femme qui l’hébergent, à décrire une sorte d’essence de l’amour qui vaudrait pour toutes les espèces. Les Ancsa, ce couple si moralement inattaquable qui accueille Niki, ont vu leur fils unique mourir au combat. Ils savent comme l’amour peut être un «fardeau sentimental» et veulent se garder de «l’affection délibérée» de la chienne. L’ingénieur «croyait devoir éprouver, à l’égard des bêtes, voire des plantes, le même sentiment de responsabilité qu’à l’égard de son prochain». C’est pourquoi il ne veut pas de Niki. Mais elle veut de lui et de sa femme. Comment cette chienne pourrait-elle l’aimer alors qu’elle ne le connaît pas ? C’est qu’elle le connaît, puisqu’il a été «flairé». «Ainsi, le terrain dont une passion a besoin pour se développer est-il trouvé. D’ailleurs l’amour ne saurait tenir compte du mérite, sous peine de devenir un marché», est vite contraint d’argumenter Ancsa en lui-même.

Tibor Déry, né en 1894 et mort en 1977, fut «un écrivain européen de grande envergure», ainsi que l’écrit Laszlo F. Földeni dans sa postface. Il fut emprisonné par un gouvernement de droite puis par le gouvernement communiste après avoir pris part aux événements de Budapest, un an après la parution de Niki. En plus de sa propre œuvre, il publia des traductions de Retour de l’URSS, d’André Gide, et de Sa Majesté des mouches, de William Golding. Il était en prison en 1958 quand son propre chien Niki mourut. Le stalinisme acquiert de plus en plus de présence dans le roman au fil de son déroulement. La situation d’Ancsa va se dégrader pour des raisons aussi incompréhensibles à l’ingénieur que le sont pour la chienne les motifs qui font que ses maîtres lui refusent de prendre ses repas avec eux mais ne l’en nourrissent pas moins avec ce qu’il y a de meilleur dans ces repas et qu’ils lui réservent, à savoir les os. «Il n’existe pas de dictature plus féroce ni plus sournoise que celle de l’amour», estime Ancsa qui va pourtant tâcher de se préserver de cette tyrannie. Seuls «les intérêts de leur petite communauté» justifient le moindre interdit entre la chienne et ses maîtres. «L’abus de pouvoir, ce vice funeste de tous les rois, chefs, dictateurs, de tous les directeurs, chefs de service, secrétaires, de tous les bergers, vachers et porchers, de tous les chefs de famille, de tous les éducateurs, de tous les frères aînés, de tous les vieux et de tous les jeunes ayant charge d’âme, cette puanteur, cette maladie, ce foyer d’infection qui est le propre de l’homme et qui ne se développe chez aucun autre fauve sanguinaire, cette malédiction et ce blasphème, cette guerre, ce choléra était chose inconnue dans la maison Ancsa.» Il y a bien un ami de l’ingénieur qui tient à faire peur à Niki par d’étranges mouvements d’oreille, mais il a sa raison. Il «était d’avis que la chienne devait s’habituer à la peur, tout comme les hommes, Ancsa y compris, devaient s’habituer à bien des choses». Mais le roman décrit aussi avec son émotion distanciée particulière les courses de Niki aux prises avec des lièvres qui s’échappent ou des cailloux qu’elle rapporte immanquablement. Ce sont quasiment des scènes d’amour.

«Les chiens ont-ils ou non une conscience ? […] Nous risquerons une hypothèse : que les chiens ne sont doués que du remords, et ce remords se manifeste par la crainte qui les saisit lorsqu’ils viennent de transgresser une loi établie à leur sujet. Ce phénomène se produit aussi très souvent chez l’homme, quand il se plaint de soi-disant tourments de conscience.» Mais si la conscience est «un processus actif», «condamnant et absolvant», alors non, sans doute que le chien n’en a pas, «et c’est en cela et en cela seulement que Niki différait de Janos Ancsa». Pour l’amour sexuel, la chienne ne peut pas compter sur ses maîtres. Au contraire, sa maîtresse la protège en pleine rue de ses prétendants. «Sans les judicieuses interventions du parapluie, Niki eût sans aucun doute fini par ployer sa délicate échine, et, qui sait, peut-être plusieurs fois. Faut-il voir, de la part de la nature, de la prodigalité ou bien seulement une galante générosité ? Ou encore une prudence prévoyante ? De l’immoralité, ou une morale supérieure ?» L’amour, est-ce une preuve d’équilibre ou de déséquilibre ? «A vrai dire, l’histoire de Niki n’est guère autre chose qu’un récit fidèle de la santé.»

Cheval blanc

27 janvier 2011

Je n’aime pas dormir quand ta figure habite

La nuit, contre mon cou ;

Car je pense à la mort laquelle vient si vite

Nous endormir beaucoup.

Jean Cocteau (parlant de Radiguet)

Pour Joseph Salah

24 janvier 2011

Bébé

23 janvier 2011

Pop

23 janvier 2011

I should have seen the signs way back then
When she told me that you were her best friend
And now she’s rolling rolling rolling
and you were stolen stolen stolen
She started dressing like me and talking like me
It freaked me out
She started calling you up in the middle of the night
What’s that about?

I just wanna be there when you’ll discover
You wake up in the morning next to your new lover
She might cook you breakfast
And love you in the shower
The flavor of the moment
Cause she doesn’t have what’s ours

She’s Not Me
She doesn’t have my name
She’ll never have what I have
It wont be the same (it wont be the same)

I should have seen the sign when you weren’t here
Under a different light it’s oh so clear
She was stealing stealing stealing
and now you feeling feeling feeling
She started drying her hair and wearing the same perfume as me
She’s started reading my books and stealing my looks and lingerie

I just wanna be there when you’ll discover
You wake up in the morning next to your new lover
She might make you breakfast
And love you in the shower
The feelings’re momentary
Cause she doesn’t have what’s ours

She’s Not Me
She doesn’t have my name
She’ll never have what I have
It wont be the same (it wont be the same)

She is licking her lips and she’s batting her eyes
She’s not me
She’s got legs up to there and such beautiful hair
She’s not me
Oh devoted for life make a beautiful wife
She’s not me
If you spend some more time I guarrentee we are fine
She’s not me

I know I can do it better
If someone wants to pimp your style
and hang with you a little while
And make up all the things you like
You gonna have to watch your….

She’s Not Me
She doesn’t have my name
She’ll never have what I have
It wont be the same (it wont be the same)

Never Letcha Forget (She’s Not Me)
She’s Not Me and she’ll never be (repeat 2x)

Pharell-
Gotta find a new way to show your feelings
I guess it was some bullshit say you love me love me
Guess my expectations hit the ceiling
When you come back it will cost us trust, trust me

She’s not me, She’s note me, She’s not me and she’ll never be (x2)

Never will be

A voix nue

22 janvier 2011

Céline

21 janvier 2011

Il y a très peu de légèreté chez l’Homme. […] Et alors maintenant, ils sont extraordinaires de lourdeur. […] Nous verrons peut-être un jour une révolte d’esprit contre le poids. Mais c’est pas pour demain. […] Alors, voilà si j’avais à mourir, je dirais qu’ils étaient lourds. Oh, ils étaient méchants parce qu’ils étaient lourds. Jaloux d’une certaine légèreté […]. Jaloux d’être lourd. C’est tout. Infirmes. […] La lourdeur les rend infirmes. Ils sont prêts à tout. Oh oui, prêts à tout. […] Ils augmentent leur poids, au lieu de se rendre léger. Ah, ils ne sont pas du côté d’Ariel. Ils sont de plus en plus Caliban. De plus en plus…lourds !

Louis-Ferdinand Céline

Grâce

21 janvier 2011

Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C’est d’avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée.On a vu les jeux incroyables de la grâce pénétrer une mauvaise âme et même une âme perverse et on a vu sauver ce qui paraissait perdu. Mais on n’a pas vu mouiller ce qui était verni, on n’a pas vu traverser ce qui était imperméable, on n’a pas vu tremper ce qui était habitué… Les « honnêtes gens » ne mouillent pas à la grâce.

C’est que précisément les plus honnêtes gens, ou simplement les honnêtes gens, ou enfin ceux qu’on nomme tels, et qui aiment à se nommer tels, n’ont point de défauts eux-mêmes dans l’armure. Ils ne sont pas blessés. Leur peau de morale, constamment intacte, leur fait un cuir et une cuirasse sans faute.

Ils ne présentent point cette ouverture que fait une affreuse blessure, une inoubliable détresse, un regret invincible, un point de suture éternellement mal joint, une mortelle inquiétude, une invincible arrière-anxiété, une amertume secrète, un effondrement perpétuellement masqué une cicatrice éternellement mal fermée. Ils ne présentent pas cette entrée à la grâce qu’est essentiellement le péché.

Parce qu’ils ne sont pas blessés, ils ne sont pas vulnérables. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte rien. Parce qu’ils ne manquent de rien, on ne leur apporte pas ce qui est tout. La charité même de Dieu ne panse point celui qui n’a pas de plaies.

C’est parce qu’un homme était par terre que le Samaritain le ramassa.

C’est parce que la face de Jésus était sale que Véronique l’essuya d’un mouchoir. Or celui qui n’est pas tombé ne sera jamais ramassé ; et celui qui n’est pas sale ne sera pas essuyé.

Charles Péguy, Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne in Œuvres en prose, 1909-1914, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1959, p. 1397

Nietzsche

18 janvier 2011

Plus je creuse plus j’arrive à la surface.

Pianola

18 janvier 2011

Le pianola était par moments pour nous comme une lanterne magique scientifique (historique et géographique), et sur les murs de cette chambre de Paris, pourvue d’inventions plus modernes que celle de Combray, je voyais, selon qu’Albertine jouait du Rameau ou du Borodine, s’étendre tantôt une tapisserie du XVIIIe siècle semée d’Amours sur un fond de roses, tantôt la steppe orientale où les sonorités s’étouffent dans l’illimité des distances et le feutrage de la neige.
Marcel Proust